La pluie a commencé à tomber le jour où Matteo a disparu.
Jusqu'à son départ précipité, Béatrice ne pensait pas qu'elle aurait besoin d'un gilet de sauvetage. Pour garder la tête hors de l'eau, elle s'accroche à Aisha, une jeune Somalienne qui entre à l'improviste dans sa cuisine à l'heure des actualités. La main dans celle de l'adolescente, elle attend le retour de l'homme avec lequel elle vit depuis quinze ans.
Pendant ce temps, Francesca ronchonne au rez-de-chaussée, Daphnée rêve de rencontrer le docteur Jivago et Thalie trame un plan fabuleux qui lui permettra de retrouver son père.
Entre l'Italie et le Québec, à l'ombre d'un HLM et sous l'oeil bienveillant de Barack Obama, les nuages s'amoncellent. Il pleuvra pendant trente-quatre jours. Le temps de découvrir que les parapluies sont des refuges nécessaires, mais fragiles. Surtout lorsqu'un vent se lève.
Avec l'humour et la finesse qu'on lui connaît, l'auteure des Carnets de Douglas emboîte habilement les destins de femmes flottant entre la certitude qu'on traîne tous en soi un sac de plomb et l'espoir d'une éclaircie.
Après avoir lu
Les carnets de Douglas en 2007, dans le cadre de
La Recrue, je m'attendais à beaucoup de sensibilité, un peu de romantisme, mais à de l'humour à rire aux éclats... pas du tout! Il faut dire que je n'ai rien lu de cette auteure depuis, je ne peux donc dire que je lui connaissais cette aptitude à faire rire le lecteur. Belle surprise! Le sujet de fond est assez triste en soi. Des histoires de femmes, d'amour, de trahison, de belle-mère, d'enfants et Matteo, un seul homme malchanceux pour relier tout ce beau monde.
Béatrice, Daphnée (avec un "e"!), Thalie et même Francesca sont des personnages solides, avec des personnalités attachantes dans leur genre et le mélange de leur destin donne un résultat convaincant qui a eu pour effet de m'empêcher de reposer le livre une fois ouvert! Qui n'aime pas ça? En le terminant, j'ai eu l'impression d'avoir reçu un bocal d'optimisme face à l'amitié féminine et cela, malgré les préjugés véhiculés en général. La différence est marquante en comparaison avec ma dernière lecture de Christine Eddie, la plume est mieux maîtrisée et j'ai n'ai pas eu l'impression que certains passages étaient enfouis sous le tapis pour faciliter la tâche. J'ai maintenant très hâte de la rencontrer au salon du livre!
Au risque de me répéter, les couvertures ont toujours eu un effet sur mes choix de lecture. Je rechigne à lire un livre dont je n'aime pas l'emballage. Je ne dois pas être la seule dans ce cas et Alto a encore misé juste en venant chercher mon coeur de petite fille qui a eu l'impression de jouer à la poupée avec Parapluies.
"Chez nous, pas le plus petit morceau de famille dysfonctionnelle qui m'aurait fait disjoncter, même pas pendant un quart d'heure. Pas de cris, pas de crises. J'ai moi-même participé à cette harmonie intergénérationnelle en n'ayant aucun bouton d'acné sur la figure pendant l'adolescence. Je rapportais des bulletins impeccables et des trophées de volley-ball qui dorment aujourd'hui dans un dépotoir où ils mettront deux siècles à se désagréger. Je faisais mon lit, je rentrais avant dix heures. Je croisais les jambes en m'assoyant. Je ne jetais pas mes vêtements pas terre et je ne fumais pas de cigarettes en cachette." (p.161)
Donc, un très beau moment de lecture qui se qualifie pour le défi
La plume québécoise!