dimanche 15 février 2009

La Recrue de février: Danielle Trussart, Le train pour Samarcande.

« J'attends mon train en captant les clameurs du monde qui me parviennent déformées, en écho, comme le fœtus doit les percevoir à travers les pores de sa coquille. Je te rejoindrai bientôt, Florent, dans la blancheur de l'absence. » Blanche a longtemps rêvé de marcher jusqu'au bout de toutes les routes. Pourtant, elle n'a pas souvent franchi les montagnes qui bordent sa petite ville natale de Baie-Saint-Paul. Aujourd'hui, à la veille du grand départ, elle vit comme sur un quai de gare. En attendant le train qui la mènera à Samarcande, elle range ses affaires et ses souvenirs, tout en parlant à Florent, son mari décédé, à qui elle donne des nouvelles du monde. Le fil de ses pensées n'est interrompu que par de rares visites : sa vieille amie, Jeanne d'Arc, la travailleuse sociale qui la verrait bien dans un centre d'hébergement, et sa nouvelle voisine, la femme aux pinceaux.Roman intimiste d'une grande profondeur, Le train pour Samarcande nous fait partager les derniers jours d'une vieille femme extraordinairement vivante, malgré l'imminence de sa mort. Blanche est drôle, curieuse, amère aussi parfois, mais toujours et surtout d'une grande humanité. Les lecteurs n'oublieront pas de sitôt le regard étonné et plein de compassion que Blanche pose sur le monde qui l'entoure, avant de le quitter.

J’ai refermé ce livre et j’ai été incapable d’écrire mon commentaire. C’est plus de deux semaines après que je m’essaie enfin à écrire quelque chose. Danielle Trussart a touché un point sensible : la vieillesse et sa solitude. Elle a certainement éveillé (ou renforcé!) quelques craintes chez ses lecteurs : vieillir seul, sans enfant, sans l’être aimé, sans personne pour occuper tout ce temps libre devant soi.

Blanche est coincée dans ses souvenirs et elle n’aspire qu’à rejoindre le train de la fin vers les « autres » déjà embarqués. L’auteure nous démontre au fil des pages que même si on habite un village rempli de personnages colorés et attachants, une fois les portes refermées, on est seul, vraiment seul. Blanche espionne ses voisins, regarde la télévision, chéri ses nombreux livres, mais quand le sommeil se fait rare, le temps à meubler devient une tâche fastidieuse.
Blanche finira par se lier d’amitié avec sa jeune voisine peintre. Même si cette relation basée sur l’art n’est que temporaire avant le grand voyage, elle apporte un certain réconfort à cette vieille dame usée.

"Non, c'est l'avenir qui fait la différence, pense Blanche, l'avenir qui change tout. Tu ne peux le comprendre qu'une fois arrivé au bout, au bout de l'avenir, quand le contrôleur vérifie ton billet et te montre la sortie. Et que ta vie apparaît tout entière dans le rétroviseur."
(p.126-127)

Comme une bonne vieille grand-mère, je me suis attachée à cette Blanche et elle a laissé un souvenir impérissable dans mon esprit...

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2 commentaires:

Karine :) a dit...

Je pense que ce n'est pas pour moi... c'est un thème auquel je préfère ne pas penser, je crois...

Jules a dit...

Karine: surtout quand on pense déjà à cette étape de la vie...