samedi 15 novembre 2008

La Recrue du 15 novembre 2008: Le Chef-d'oeuvre, Sébastien Filiatrault.

Afin de devenir un grand auteur, un jeune homme entame un processus de quête du malheur, une longue marche d'autodestruction créative. Pour créer un chef-d'œuvre, il y a plusieurs choix possibles : être fêlé comme Nelligan, suicidé comme Aquin ou fumé à l'opium comme Baudelaire. Tout sauf ce bonheur improductif, état de grâce réservé aux non-écrivains de ce monde.Entouré de son ami le Rital, l'hédoniste italien qui apparaît toujours comme un cheveu sur la soupe, et de Zoé, l'actrice en herbe, il rencontrera sur son parcours vers l'abîme Petite Fleur, la jolie poète, et Violette la libraire-sorcière.Il devra aussi, pour parvenir à ses fins, couper les ponts avec sa mère porteuse et son père biologique, ancrage d'une jeunesse banlieusarde passée dans la ouate. Éviter les pièges du bonheur et provoquer le malheur jusque dans ses derniers retranchements, voilà le plan de match. C'est la guerre au bonheur, la résistance à ce monde capitaliste « qui nous tient en liesse ». Tous les moyens sont bons et la fin justifie les moyens. Atteindra-t-il cet état ultime qui lui permettra d'écrire un de ces chefs-d'œuvre « comme il ne s'en fait plus » ?Écrit dans un langage coloré et un style particulier, ce roman ne comporte aucun dialogue. Tout est perçu par le personnage principal, à travers son regard unique sur le monde. Un texte satirique, teinté d'humour et exploitant une image caricaturale de l'artiste et écrivain.


Il y a les personnages qui accrochent et/ou la plume qui séduit. Ici, l’exercice est périlleux, l’auteur retrace tous les éléments d’une décadence en bonne et due forme. Il aurait pu sombrer dans le mélodrame, mais au contraire, il a su garder une touche d’humour dans la plupart des scènes. Si la démarche du personnage principal nous semble invraisemblable, on peut facilement s’y laisser prendre dans le seul but de savoir jusqu’à quelle obscénité celui-ci s’abaissera… Le chef-d’œuvre est un long monologue que je situerais entre les deux choix cités plus haut.

Les personnages ne sont pas « forts » et constants dans leur façon d’être ; à mes yeux ce sont beaucoup plus des caricatures humoristiques que de vrais personnages, les clichés n’aidant peut-être pas à leur cause, mais il ne faut surtout pas tenter de lire ce roman au premier degré puisque ce serait passer à côté de la frivolité qu’il contient. C’est un bon moment lecture qui permet de rigoler sur les lubies de l’être humain qui pense pouvoir arriver à ses fins en utilisant des méthodes peu orthodoxes.

Ce n’est peut-être pas le Chef d’œuvre marquant du siècle, mais c’est un bon début dans le style pour l’auteur.

Tous les commentaires chez La Recrue.

5 commentaires:

Gambadou a dit...

Zut alors, en voyant le titre je pensais que tu avias découvert un vrai chef d'oeuvre !

Karine :) a dit...

Je ne vous ai pas suivis ce mois-ci (ma vie est débile... je ne lis presque pas!) mais je crois que j'ai bien fait... à lire les avis, j,aurais risqué d'être énervée plus qu'autre chose par l'overdose de jeux de mots!!

Jules a dit...

Gambadou: bah... disons un demi chef d'oeuvre!! Je lui donnerais 8/10...

Karine: ça dépend des goûts en fait. Il est brillant sur les jeux de mots, mais dans comme autre chose la modération a bien meilleur goût! Dis-moi, tu vas à cette heure chez maman pour être invitée à souper??!! :op

Danaée a dit...

Tous les goûts sont dans la nature... c'est une fois encore ce qu'il faut en conclure de notre expérience de la Recrue du mois!

Je sourcille à ton généreux 8/10, très chère. Mais va, va! Tu as aimé, eh bien tant mieux!

Pour ma part, j'ai trouvé cette lecture particulièrement assommante. C'est bien dommage, parce que l'auteur semble plutôt sympathique!

Jules a dit...

Danaée: je ne sais trop comment t'expliquer le 8/10. J'ai trouvé que l'histoire était sans zone grise, parfois drôle, avec des jeux de mots intéressants et une certaine originalité... mais je te concède que 400 pages comme ça, je n'aurais pas "toughé" jusqu'à la fin!!