mercredi 7 mai 2008

J'ai souvent pris le même bateau...

Le dimanche 04 mai 2008
Par Chantal Guy
Lectrice amazone

Amis lecteurs, la culpabilité me ronge ces jours-ci. Je dois me confesser: je trompe mon libraire, que pourtant j'adore. Une histoire d'amour de 20 ans!

Ce qui a commencé par une petite incartade est en train de se transformer en relation adultère passionnée, puisque je n'arrête pas de sauter la clôture.

J'achète de plus en plus de livres par Internet. Loin de moi l'envie de vouloir faire de la pub, mais j'ai succombé aux manoeuvres de séduction d'Amazon.

J'ai bien tenté de résister. «Rien ne pourra jamais supplanter le plaisir de bouquiner» que je clamais (et je le crois encore). Mais quand vous êtes de nature obsessionnelle comme moi, et que vous concevez des fixations sur des écrivains ou des sujets, vous perdez tout sens de la fidélité. La seule chose qui compte est d'assouvir votre envie. Et vous allez rire: c'est Casanova qui est à l'origine de ma débauche!

J'étais à la recherche d'Histoire de ma vie du célèbre libertin. Mais pas seulement les pages choisies proposées en livre de poche: l'oeuvre complète. La collection Bouquins (qu'on surnomme la Pléiade des pauvres) l'a publiée en trois tomes il y a plus d'une dizaine d'années - autant dire une éternité dans le monde de l'édition aujourd'hui, quand on sait le roulement effréné des livres en librairie.

Je n'avais pas envie d'arpenter la ville, j'étais trop pressée, comme une amoureuse maladroite. J'ai donc vérifié sur Amazon. Juste pour voir. Bingo! Tout Casanova était là. Et on m'a fait d'irrésistibles avances: «Si vous aimez ce titre, vous aimerez aussi Casanova, un voyage libertin de Chantal Thomas...» (Oh! Oui!). «Et pourquoi pas Casanova l'admirable de Philippe Sollers...» (Oh! Encore!). «Vous économisez 25% sur ces titres et vous êtes admissible à la livraison gratuite...» (Orgasme). Quelle étrange impression que de sentir le piton «scroll» de sa souris se transformer en une sorte de clitoris...

Que celui qui n'a jamais péché me lapide à coup de bouquins. Comment faire autrement quand les librairies ne gardent en stock que le plus récent et ce qui se vend? La dernière fois que je suis passée à «l'ancien Champigny», rue Saint-Denis, je ne reconnaissais plus l'endroit tellement on proposait plus de babioles que de livres. On trouve dans les grandes chaînes des centaines d'exemplaires du dernier best-seller, mais rarement plus de trois titres de Perec - toujours les mêmes, c'est-à-dire ceux qui sont au programme des collèges. Sur Amazon, j'ai trouvé des titres dont j'ignorais carrément l'existence!

Il ne faut pas s'étonner de voir les librairies souffrir de cette concurrence. Ce sont certainement les librairies indépendantes qui écopent le plus, prises en sandwich entre le commerce en ligne et les grandes surfaces. En France, les livraisons gratuites d'Amazon ont été déclarées illégales au nom de la loi Lang, qui interdit les ventes à rabais et impose le prix unique. C'est d'ailleurs le seul endroit au monde où cette pratique d'Amazon est jugée illégale. Tout récemment, les librairies indépendantes françaises (environ 15 000) se sont unies pour affronter Goliath en lançant leur propre portail. Dans le Far-Web, c'est une nouvelle guerre qui commence, et pour nos beaux yeux, amis lecteurs. On verra bien ce qu'elle pourra inspirer aux libraires québécois.

Sur ce, je dois vous quitter, il y a Casanova qui sonne à ma porte...

9 commentaires:

Nélimuse a dit...

Je n'ai pas encore cédé au chant des sirènes, je n'achète pas encore mes livres par Internet. J'ai encore mes habitudes "d'habitante" du centre-ville de Montréal, ou j'avais plein de librairies à deux pas de chez moi. Je n'achète pas mes livres par Internet, car je n'aime pas y utiliser ma carte de crédit... Reliquat de méfiance face aux hackers et autres. Et je préfère encore le plaisir de découvrir les nouveautés "de visu" et de bouquiner dans une librairie, une méga-vente de livres usagés ou une modeste vente-débarras. Et comme j'ai mes habitudes, mon libraire me connait (et me reconnait) et m'a offert une carte privilège qui me donne un certain pourcentage d'escompte sur mes achats. Je suis une sensuelle, une chercheuse de trésors...

JULES a dit...

Nélimuse: ton commentaire est intéressant! Je n'ai pas perdu mon côté "sensuelle", mais parfois je trouve cette façon d'acheter très pratique pour les prix, la disponibilité et les titres en anglais...

Karine a dit...

J'achète sur internet quand je n'ai pas trouvé ce que je voulais aux librairies de mon coin...

Et quand on habite où j'habite et qu'on lit beaucoup en anglais...on n'a parfois pas le choix. Vous savez, parfois, quand on veut un livre touuuut de suite c'est beaucoup trop long que d'attendre le prochain voyage à Montréal! C'est tellement risqué de manquer de lecture, d'abord! Donc, j'aime mieux bouquiner, mais de temps en temps... j'avoue!!! ;) Mais je commande chez Chapters... pour le % de ma carte irewards!!!

amanda a dit...

j'adore mon libraire préféré (qui depuis hier me fait royalement une réduction systématique) mais il sait très bien que je suis infidèle. J'entre dans une autre librairie, j'achète. Je suis chez moi et je lis un billet sur un livre, je commande sur mamazone. Je fais les deux, mais je préfère mon libraire.
On aime bien que ceux que l'on trompe ?!

Florinette a dit...

J'aime beaucoup aller chez mon libraire, mais hélas le temps parfois me manque...donc j'achète sur Amazon et trouve cela très pratique !!
Bon week-end Jules !

choupynette a dit...

Ah la la..moi aussi je fais des infidélités à mon libraire... et c'est notamment pour mes obsessions. Certains livres ne sont trouvable à des prix abordables que là (notamment les livres en VO anglaise)! mais j'aime toujours autant farfouiller dans la librairie, lire des passages. Amazon est mon recours quand je ne trouve pas. et puis mon libraire me fidélise avec une carte, donc forcément, ca limite mes écarts avec Amazon! Et comme le dit Nélimuse, toucher les livres, quel plaisir... et puis au hasard des rayons on découvre de petites pépites!

Bellesahi a dit...

Je n'ai jamais acheté de livres sur internet et ne le ferai jamais. Tout simplement parce que rien n'égalera mon libraire et ses conseils. Je suis fidèle. Et puis aller sur internet c'est faire mourir les librairies et ça c'est un crime très grave !

anjelica a dit...

Ah ma pôvre dame, la vie n'est pas un long fleuve tranquille et nous sommes tous soumis aux sirènes de la tentation ;) Toi aussi, tu étais mal partie pour la fidélité avec Casanova :)

liliba a dit...

Tout comme toi, j'ai cédé un jour à la facilité en commandant discrètement sur La Fnac un livre que je ne trouvais pas chez mon libraire et que lui pouvait me commander pour 10 jours plus tard... Mais je ne voulais tout de suite ! Ma facture a été... hum... douleureuse, car bien évidememnt, de clic en clic, mon livre est devenue une douzaine de bouquins...
Je regrette cette démarche, mais, en l'absence de librairie digne de ce nom, je préfère tout de même internet aux têtes de gondoles de Carrefour...